LA PAROLE DE L'AUTRE

Qu'importe ce qu'on dit, c'est la vie qui décide
Elle passe entre les lignes en s'excusant du peu
Et ce n'est pas sa faute si elle ne coïncide
Ni avec ce qu'on dit, ni avec ce qu'on veut

Je vais parler d'un temps que tu vas reconnaître
C'est le tien. Tu y mets ton courage et tes mots
Mais chacun ne voyant Midi qu'à sa fenêtre
Tu ne recevras de moi que ton propre écho

La parole de l'autre est souvent décevante
La parole de l'autre est souvent en-dessous
Car qui parle est toujours une énigme vivante
Même quand on s'applique on ne comprend pas tout

Les mots ne parlent bien qu'à la cause commune
Quand tout un peuple crie, pour sa vie, pour son pain
Quand le mal ne fait qu'un, le verbe fait fortune
Et ce que dit un seul est compris par chacun

Ca n'est pas, tant s'en faut, le cas dans nos parages
Où sur le bien commun le mal est solitaire
Les drames y sont nombreux, honteux et sans partage
Car plus ils sont variés moins ils sont solidaires

La parole de l'autre n'y est pas dérangeante
La parole de l'autre n'y est qu'en-dessous
Mais qui parle est toujours une énigme exigente
Dont il faut bien se dire qu'elle a besoin de nous

Qu'importe ce qu'on dit, tout est dans ce qu'on porte
A qui sait regarder tout être se confie
Et il ne faut pas croire qu'une parole forte
Peut se passer du cœur pour atteindre l'esprit

La parole de l'autre est une lettre morte
Si tu ne l'embrasses pas pour lui donner la vie
La parole ne sert qu'à entrouvrir la porte
Et la musique est là pour ne pas qu'on s'ennuie

La parole ne sert qu'à entrouvrir la porte
Si l'amour fait le reste on se sera compris.


VANINA
Vanina s’en va
Vanina s’en va de la vie
Comme vous et moi, va
Comme vous et moi quand c’est fini
Un jour ou l’autre
D’un jour à l’autre ou lentement
L’un derrière l’autre
Chacun regagne son néant

Vanina s’en va
Vanina s’en va c’est pas grave
L’a bien vécu, va
Son grand siècle de bout en bout
De guerre en paix, de droite à gauche
à rien du tout

Premier Jaurès, premier amour
Ambulancière de nuit, de jour
Pour ne plus entendre là-bas le glas qui sonne
Les années vingt lui font l’humour
D’une insolence à cheveux courts
Le droit de vote est deux pas de charleston

Alors les trente font la java
Pour la retourner comme un bas
Mais elle choisit Colette et rit de Montherlant
Quand elle n’est pas au syndicat
Garbo la trouble au cinéma
Pour faire une femme, évidemment c’est un peu lent

L’été trente-six est populaire
Mais un congé chez les Ibères
Brise son rêve et c’est la grève où vient s’échouer
Son désespoir de plein hiver
Quand l’an quarante se perd en guerre
Et qu’il faut bien que nagent ou crèvent les bafoués

Alors en dépit des képis
La voilà qui passe au maquis
Sur son vélo des lettres lentes de menace
Jusqu’à ce jour de Normandie
Qui la débarque bien en vie
Sur le quai des années cinquante, le temps passe

Quinquagénaire à Saint-Germain
Quand déchantent les lendemains
Parce que l’empire français
salope les Droits de l’Homme
Mais un printemps estudiantin
La fait rejouir de son latin
Chez les Salopes à la Sorbonne

Et c’est à l’art d’être grand’mère
Qu’elle ira frotter ses chimères
Chez les Cathos pour être utile à quelque chose
La grande chose humanitaire
Qui la porte, nonagénaire,
à croire encore aux justes causes
SI JE SAVAIS

Il est des jours où l’on n’adhère
Ni au silence ni au son
Entre deux vagues, entre deux mers
On n’est plus qu’un petit poisson

De métissage en héritage
Où donc est passé le passage
Pour le petit poisson qui nage
De ballottage en ballottage

Mais si je savais ce que je veux
Ce que je vis, ce que je vois
Ce que je vends, ce que je vaux
Je m’em je m’em… Je m’emmerderais trop

Si le désir est solidaire
Des mouvements de migration
La passion n’est, dit ma mère,
Que passivité et prostration

De courants d’art en courants d’être
Petit poisson n’a pas le choix
Et les vents viennent le soumettre
De courants chauds en courants froids

Dansez, dansez Dame Balance
Entre deux lames, entre deux rives
Entre le glaive et le silence
Désir en guise de dérive

Car un beau jour cela arrive
Un jour où point ne l’attendons
Passion cesse d’être passive
Et passe passe le poisson
Mais en attendant …

   
 
   
   
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