MAMIE METISSE

Tu aurais pu te croire jolie
Avec ta peau noire de jais
Mais tu nous disais Mamie
Que tu étais café au lait
Tu aurais pu chanter le blues
Avec ta voix noire de peau
Mais tu préférais l’tango, la java
Mais tu préférais l’tango oh Mama

Tu fumais comme un sapeur
Tu te couvrais de bijoux
Tu te vêtais de couleurs
Et mettais du rouge aux joues
Des grains de poudre de riz
Pour cacher ton grain de peau
Des grains de poudre aux yeux, Mamie
Tu en mettais toujours trop

Ma Mamie métisse oh ma
Mamie d’ébène et d’ivoire
Oh dis-moi que tu es là
Que tu m’entends dans le noir
Ma Mamie métisse oh ma
Mamie de peine et d’espoir
Oh ma reine de Saba
Tu chantes dans ma mémoire

Noir et nègre sont des mots
Dont tu m’as transmis la peur
Quand un homme est noir de peau
Je dis qu’il est de couleur
Ce sont des grains de pudeur
Pour sabler le poids des mots
Chez ceux qui n’ont pas l’honneur
D’être vraiment blancs de peau

Au début de cette histoire
Un grand champ de cacao
De coton, de café noir
Dans la banlieue de Rio
Qui me l’a mise en mémoire
Pas toi, tu ne disais mot
De l’aïeul à la peau noire
De l’ancêtre noir de peau

Ma Mamie métisse oh ma
Mamie d’ébène et d’ivoire
Oh dis-moi que tu es là
Que tu m’entends dans le noir
Ma Mamie métisse oh ma
Mamie de peine et d’espoir
Oh ma reine de Saba
Tu chantes dans ma mémoire
BERCEUSE EN FA

Ma petite chérie douce
lentement
s’endort en suçant son pouce
doucement
Vague à l’âme d’algue pleine
l’océan
c’est ton édredon de laine
beige et blanc
Vogue vogue petit mousse
sous le vent
si jamais la vie te pousse
va devant

Ma petite magicienne
ce matin
dit qu’elle sera musicienne
de ses mains
escalade la banquette
du piano
tam-tam gamme c’est la fête et
c’est tout faux

Valse valse d’où que viennent
les chemins
toute valse mène à Vienne
et à Chopin

Ma petite sauvageonne
ce tantôt
dit qu’elle serait bien championne
de vélo
pousse et souffle et s’arc boutte
ma costaud
longue si longue est la route
vers Longo

Ma petite vagabonde
chaque jour
fait tous les métiers du monde
dans la cour
Rêve rêve, sois vivante
mon matin
ça s’invite et ça s’invente
un destin
MEMOIRE

Prendre le temps de la mémoire
Mémoire d’avant le temps d’y croire
Quand on était pas encore sûrs
De faire le mur

Qu’on savait bien s’ouvrir alors
Aux bras des vivants et des morts
Vos bras, Hugo, pour l’envergure

Qu’on savait bien ouvrir les mains
Aux mots dont on n’était pas dignes
Ces mots qu’on laissait pour demain
Au bord des lignes

Je vous aimais à la folie
Mes Artificiels Paradis
Je vous suivais jusqu’aux Enfers
De vos Mentales Saisons d’Hiver
Le Cœur-Crevé dans vos Alcools
J’eus Mal aux Fleurs de vos Paroles
Quand vos Amours Jaunes hissaient l’Air

Prendre le temps de la mémoire
Mémoire d’avant le temps d’y croire
Quand on était encore très fiers
D’avoir souffert

Qu’on savait bien s’ouvrir alors
Aux bras des vivants et des morts
Vos bras, Rimbaud, pour la colère

Qu’on savait bien ouvrir les mains
Aux mots plus larges que nos pages
Ces mots qu’on jetait pour demain
Hors de nos cages

   
 
   
   
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