CANIS BULLE

Sur les champs jaunes
D’or sont les blés
Les blés qui chaument
Roulés-boulés

Plaisent au renard
Le lièvre brun
Et la pie noire
Qu’on voit de loin

Fenêtres ouvertes
De tous côtés
La maison verte
Se fait l’été

Les courants d’air
Font éternuer
Le chien qui dort
Dans son panier

Les chevaux jouent
Dans la prairie
Joue contre joue
Ils se sourient

Le faisan crie
Le chien l’ignore
Il fait vraiment
Trop chaud dehors

La lune hésite
Sur la conduite
A tenir s’en
Va-t-elle ou pas

De ce matin
De terre cuite
Où le monde
N’existe pas

Les oiseaux chantent
Plus fort que moi
Je n’entends plus
Ma voix

Sans importance
Dans ce silence
Où les humains
N’existent pas

Sur les champs jaunes
D’or sont les blés
Les blés qui chaument
Roulés-boulés

Plaisent au renard
Le lièvre brun
Et la pie noire
Qu’on voit de loin

LE TEMPS

Le temps d’apparaître
De se bien connaître
Le temps de partir
De se bien mourir
Le temps qu’on invente
Entre ces deux pentes
La vie à descendre
La mort à gravir

Le temps qui s’envole
Sous l’aile de l’école
Le temps qui s’envase
Dans l’horaire de base
Le temps qui prétexte
Le cahier de texte
Pour ne pas avoir
A faire son devoir

Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui soit passe derrière soi
Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui fut c’est le temps reçu

Le temps qui nous sexe
Le temps qui nous vexe
Aux marches du palais
Nous file un balai
Le temps qui nous date
Le temps qui nous gâte
Ce qu’on en voulait
Ce qu’on en a fait

Le temps qui nous place
Nous passe une glace
Pour y poser tout
Ce qu’on fait de soi
Le temps qui nous nomme
Nous donne une gomme
Pour effacer tout
Ce que l’on n’ s’ra pas

Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui soit passe derrière soi
Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui fut c’est le temps perçu

Le temps qui nous plante
Debout sur nos plantes
Au milieu du fleuve
De nos vieux souliers

Le temps qui nous claque
Le nez dans nos flaques
Chaqu’fois qu’on le plaque
Pour se retourner
Le temps qui nous cherche
Des poux dans le derche
Chaqu’fois qu’on veut être
Et avoir été

Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui soit passe derrière soi
Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui fut c’est le temps perdu

Mais le temps s’entête
A nous mettre en tête
Qu’on pourrait peut-être
Le désorienter
Le temps qui professe
La foi, la promesse
Qu’un monde meilleur
Pourrait exister

Le temps qu’on espère
Le temps qu’on attend
Et le temps qu’on perd
A prendre son temps
Le temps nécessaire
Qu’on vole ou qu’on vend
Tout ce temps qui sert
A marche devant

Notre temps le temps n’est jamais devant,
Pourtant
Le seul temps qui soit passe derrière soi
Notre temps le temps n’est jamais devant
On n’a jamais vu un seul temps prévu

Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui soit passe derrière soi
Notre temps le temps n’est jamais devant
Le seul temps qui fut c’est le temps vécu
Le seul temps qui fut c’est le temps vécu
PRISONS DE FEMMES

Trop de peines et trop de mots qui n’ parlent plus
Trop de peine et trop de temps perdu
Trop de murs et trop de gêne
Trop de portes qu’on referme
Trop de fatigue et de coups tordus

Trop de beauté qui s’abîme
Trop de pensées qui la rident
Jamais assez de bonté
Jamais fini de compter
Le temps qu’il nous reste à faire
Et ce qu’en pensent nos frères
Et la culpabilité
A leur santé
Trop de lèvres qui se pincent
A quoi sert de rester mince
Quand le vide est tout autour
Du puits d’amour
Trop de rêves qui s’émoussent
A quoi sert d’être plus douce
La patience est un état
Qui sert à quoi

Trop de peines et trop de mots qu’il faut boucler
Trop de peine et trop de temps bâclé
Trop de murs et trop de gêne
Trop de portes qu’on referme
Trop de fatigue et de tours de clés

Trop de poitrines qui fondent
Sous la morgue qui les sonde
Jamais assez de fierté
Jamais fini de douter
Pour trois mots qui vous redressent
Qui vous recambrent les fesses
Tout est à recommencer
Recommencer
Recommencer à comprendre
Qu’il va falloir se déprendre
Laisser retomber nos bras
Autour de soi
Et puis faire semblant d’admettre
Qu’on n’a plus ni dieu ni maître
Quand le vide est tout autour
Du puits d’amour

   
 
   
   
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